Armel, comment êtes-vous venu à la musique ?
Disons que mes parents m’ont poussé dans une marmite de « potion musique » dés mes années d’école primaire. Dernier d’une famille de 7 enfants, j’ai marché dans les pas de mes frères et sœurs, et j’ai reçu à la base une formation classique. J’ai commencé avec le hautbois, mes doigts ont ensuite glissé sur un piano, puis sur une basse, pour finir sur une guitare, l’instrument que j’utilise le plus dans la "sphère catho".
Qu’est-ce qui conduit un jeune homme de votre âge à souhaiter témoigner de sa foi ainsi que vous le faites aujourd’hui ?
Bien que chrétien depuis ma naissance (famille de 7 enfants rimant souvent aussi avec milieu versaillais, donc catholique… j’aime les raccourcis), j’ai vécu ma propre expérience de conversion au-delà de ce que mes parents avaient pu me partager lorsque j’étais enfant. Je pense d’ailleurs que toute personne qui se dit chrétienne aujourd’hui a dû, un jour un l’autre, rencontrer Dieu, que ce soit dans une expérience sensible, à un instant précis, ou tout au long de sa vie, comme j’ai pu moi-même le vivre.
Pouvez-vous nous raconter plus précisément cette expérience de conversion ?
C’est par la musique que je l’ai vécue : elle m’a fait quitter l’Eglise avant de me permettre d’y revenir... Je m’explique : arrivé à mon adolescence et passant la moitié de mes journées à errer dans des musiques d’ambiances, aller à la messe étant pour moi une vraie souffrance. En effet, si je ne fais pas dans le politiquement correct, disons que pour ma mentalité d’ado, une chorale de vieilles, chantant plus ou moins juste des cantiques au diapason du film "La vie est un long fleuve tranquille", mode "Jésus revient", ce n’était pas hyper sexy. C’est une façon pour moi de relire mon adolescence, mais surtout de constater à quel point j’étais aussi un petit c** prétentieux, ne comprenant rien à cette époque de la nature et du pourquoi de la messe. Et puis j’ai eu la chance de pouvoir aller à un FRAT à Lourdes, où les zikos, bien que pas tout jeunes, m’ont témoigné du fait qu’on pouvait être catho et pas forcément "has been"... A partir de ce moment, Dieu avait semé en moi un désir : mettre mes talents à son service. Depuis, j’ai tracé ma route dans ce milieu, et je prends régulièrement part à certains évènements chrétiens novateurs, nés avec une nouvelle vague et un nouveau désir d’évangélisation, comme le Festival marial international de Paray, Holy Beach, mais aussi Anuncio, Samarie, Théomania, etc.
C’est l’événement décisif pour vous ?
Absolument. Dieu peut se révéler seul à l’Homme, mais il peut aussi utiliser des moyens très humains pour se laisser rencontrer. Personnellement, la musique m’a touché. Par ce biais, j’ai reçu l’espérance d’une vie en Dieu et un don de foi. Ces choses m’animent et me poussent à en parler, très simplement. Certains crient sur les toits qu’ils ont vue telle star dans la rue, ou qu’ils ont assisté à tel concert de tel artiste. En ce qui me concerne, c’est Jésus fils de Dieu, mort sur le bois de la croix pour me sauver, que j’ai rencontré.
Cela signifie-t-il que vous vous consacrez désormais uniquement à la musique chrétienne ?
Non. En parallèle de ce projet personnel, je suis bassiste au sein du groupe Royale Capitale, dont le leader est un jeune artiste du nom de César Chentrier. Je trouve essentiel pour un artiste chrétien de pouvoir laisser un pied dans le milieu profane actuel, afin premièrement de pouvoir y rendre témoignage, mais aussi d’observer et être à l’écoute du monde dans lequel il vit. En sens inverse, je propose régulièrement à des personnes ne croyant pas forcément en Dieu de participer à mes projets, que ce soit pour réfléchir ensemble sur des textes, poser un riff de gratte, etc. Dans la foi, je sais que le Seigneur peut aussi les rejoindre par là.
Vous êtes musicien, mais aussi auteur, compositeur, en préparation d’un premier album : quelles sont vos sources d’inspiration musicale ?
Bien que j’essaye de puiser dans tout et n’importe quoi, je tente de développer un son et un univers qui me collent au maximum à la peau. Certains entendront des réminiscences d’Oasis, Téléphone, Jeff Buckley, Elliot Smith ou encore Radiohead. Mais je dois bien avouer que je vous un culte particulier à la chanson française, notamment France Gall, Bachelet, Michel Berger etc… En ce qui concerne l’environnement musical chrétien, je m’inspire surtout du milieu protestant anglo-saxon. Je ne manquerai pas de citer Hillsong et autres Michael W. Smith, qui passent régulièrement en boucle dans mon iPod…
Quel est le morceau qui vous donne la chair de poule ?
"Shout unto God" d’Hillsong, que nous reprendrons d’ailleurs en français à l’occasion du concert du 5 mars. On va voir ce que ça donne chez les Frenchies !
Petite parenthèse : certains, en voyant cette vidéo, parleront de manipulation pure et simple, notamment en raison des moyens employés : flash lights, gros son, grosse guitares sur scène. Mais soyons clairs : Dieu prend aussi sa place dans ce genre d’évènement, et les personnes qui en sont à l’initiative en sont pleinement habitées. Bien entendu, un chrétien ne peut pas simplement se nourrir spirituellement de mur d’enceintes et son et lumière à gogo, mais ces rassemblements sont des lieux de témoignage pour les personnes qui s’y investissent, et des lieux de conversion pour les personnes qui y osent y mettre les pieds.
Qu’est-ce qui est si intéressant selon vous chez ces artistes anglo-saxons ?
Ces gars arrivent à remplir des stades aux Etats-Unis. Face à eux, nous Français sommes un peu à la rue… Disons qu’à mon sens, en comparaison avec ce que peuvent développer aujourd’hui les "Prots" dans la louange (je citerais ici notamment Samuel Olivier au cœur des Conventions "Embrase nos cœurs" avec qui j’ai pu travailler sur pas mal de CD), l’Eglise catholique est complètement à la traîne. Même si certains groupes font pas mal parler d’eux, comme PUSH et Glorious, et commencent à rattraper le temps perdu, je pense qu’on est encore loin d’une réelle identité musicale catholique de qualité. Pour le coup, on est vraiment "has been". Mais le pire là-dedans, ce n’est pas tant par les idées, désirs et projets que nous développons, mais surtout par un manque de soutien financier découlant peut être d’une mentalité plus traditionnelle. Car il faut bien le dire, c’est aussi une question d’argent. Cependant, catholiques et protestants ne possèdent peut être pas la même relation, ni les mêmes tabous par rapport à celui-ci… Quoi qu’il en soit, nous avons énormément à apprendre de nos frères protestants. Ces derniers ont réussi à incarner leur façon de prier dans une réelle modernité. Leur louange, leur musique et leurs différents projets apparaissent comme une nourriture spirituelle dont les jeunes d’aujourd’hui ont besoin, c’est certain.
Chanter comme vous le faites est souvent présenté comme un exercice de « conduite de la louange » : pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre cette appellation ?
L’expression de « conduite de louange » vient aussi du milieu protestant. Elle correspond bien à un ministère particulier, lié à l’animation musicale de la prière. Celle-ci, du moins de ce que j’ai pu en constater, a d’abord été exporté dans le milieu catholique charismatique. Je l’ai découverte au début de ma conversion, dans un groupe de prière versaillais, Resucito. Pour les personnes qui ne savent pas très bien de quoi nous parlons ici, le rôle du conducteur de louange est de guider une assemblée dans la prière par la musique, accompagné d’un noyau d’autres personnes clairement constitué et ayant été formé à cette pratique. Ainsi, elle a déjà trouvé sa place dans l’univers catholique, et l’a colonisé petit à petit. Jeunesse 2000, le Festival marial à Paray, Kavod, Ruah, ou encore Samarie fonctionnent déjà sur ce schéma.
La louange, est-ce réservé aux charismatiques ?
Non, la pratique de la louange n’est pas seulement réservée aux deviseurs d’ampoules illuminés (contradictoire non ? ;-), mais bien à l’ensemble des chrétiens. Le "Catéchisme de l’Eglise catholique" définit la louange par la forme de prière qui reconnait le plus immédiatement que Dieu est Dieu. Elle le chante pour lui-même, elle lui rend gloire, au-delà de ce qu’il fait, parce qu’il EST « Chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur » (Ep 5,19 Col 3,16). Si vous vous intéressez de plus près à ce pavé, vous lirez que la sainte messe est une louange… Encore une fois, distinguer charismatiques, « tradis » et compagnie, tout cela est culturel…
Pensez-vous que ce type de musique contemporaine est bien accueillie aujourd’hui par l’Eglise ? A-t-elle selon vous une place à prendre dans la nouvelle évangélisation ?
Je ne suis pas certain que la musique contemporaine soit bien accueillie dans l’Eglise catholique et notamment dans la liturgie. Certains arrivent même à la juger blasphématoire… passons. Cependant, je suis certain que l’Eglise en a besoin pour grandir, rassembler et s’inscrire dans la société d’aujourd’hui. Ainsi, elle a toute sa place à prendre dans la nouvelle évangélisation. Une nouvelle génération de chrétiens se lève aujourd’hui. Ces derniers ont quelque chose à dire et à apporter à leur Eglise. Celle-ci a de la chance de pouvoir compter sur une jeunesse apostolique en ce début de siècle. Qu’elle lui fasse donc confiance et lui donne les moyens de pouvoir s’exprimer dans ce qu’elle est et ce qu’elle souhaite révéler au monde. Mais les choses changent, petit à petit. La relève est là, j’y crois.
Vous avez déjà eu l’occasion de conduire la louange dans plusieurs rencontres et évènements chrétiens : quelles réactions avez-vous déjà rencontrées ?
Peu de gens arrivent dans ces rassemblements ne sachant pas ce que c’est, et ne l’ayant jamais pratiqué. Quelques personnes se sentent parfois mal à l’aise, mais ce n’est souvent que passager. Ce que j’ai pu constater, c’est que lorsqu’on ouvre son cœur à Dieu et que l’on laisse de côté ses a priori et idées préconçues, alors la louange est l’autoroute de notre relation à Dieu. "So get in car, and RnR Baby !"
La louange pourrait être définie en trois points. Le premier est la joie par l’action de grâce : avoir la chance d’avoir pu rencontrer Dieu et le remercier pour ce qu’il est et ce qu’il fait de nos vies. Vivre dans l’espérance de la résurrection, perso, ca me fout la pêche, alors la moindre des choses, c’est rendre grâce à celui qui l’a permis. Le deuxième est la liberté : alors que certains vivront des temps de louange dans un recueillement et une prière très intérieure, d’autres utiliseront leur corps pour manifester leur amour de Dieu. Chacun est donc libre dans sa façon de s’adresser au Seigneur. Enfin, le dernier point est la guérison. La louange a ce pouvoir d’ouvrir nos cœurs vers notre créateur. Par cette prière, celui-ci agit et nous comble. Vous serez surpris de ce que l’on peut vivre si l’on fait le pari de s’abandonner un peu…
> RETROUVEZ Armel le 5 mars à Samarie Hall of Worship, crypte de la Trinité : place à réserver dès à présent.


















